Veronique-chanson-1

Qu'est ce qui t'inspire?

À la base, j’ai toujours été inspirée par ce qui m’habitait. Je suis quelqu’un d’hyper sensible, puis quand ça devient trop des fois, c’est comme une façon pour moi d’évacuer. C’est rendu ce que j’appelle un kit de survie! Ce ne sont pas tous les textes qui deviennent des chansons, mais j’ai comme besoin de ça (écrire), surtout là dans des périodes bousculantes.

Après quand j’y réfléchis puis que je me positionne par rapport à ce que je veux faire moi avec la musique dans ce monde-là... J’ai envie que la musique que je fais ne soit pas purement du divertissement, j’ai envie que ma musique serve à des causes plus grandes que juste moi. C’est très égocentrique je trouve la création de chansons, puis en même temps des fois ça ne l’est pas. Quand la chanson on la tourne vers l’extérieur puis qu’on l’offre au monde, c’est là que ça n'est plus un acte égocentrique, ça devient un acte de don de soi finalement. 

Puis finalement, pour moi, être une alliée c’est très important. J'ai envie que ma musique serve à ça, à ouvrir les cœurs puis à ouvrir les consciences.

Parle-nous de tes chansons

Mon enfant arc-en-ciel c’est mon processus de maman. Au début de l’année mon enfant me dit « je veux me faire appeler Sam, je veux changer mon prénom et je veux changer mon pronom. » Puis j’ai simplement voulu lui chanter une chanson d’amour comme quoi ça ne change rien, peu importe. Si mon enfant m’avait dit « maman, je veux vraiment vraiment faire des claquettes » ou peu importe quoi, j'aurais fait en sorte que mon enfant soit bien puis lui montrer mon soutien,… Là mon enfant fait son coming out. Moi ce que j’ai comme outil c’est d’écrire des chansons, donc je lui ai écrit une chanson.

Appelle-moi c’est une chanson dont j’ai composé la musique, mais qui a été écrite par un ami à moi qui s’appelle Louis-Éric Gagnon. Pour moi c’est une chanson qui parle de la fragilité mentale. Peut-être que la fragilité mentale n’existe pas plus qu’avant mais au moins on en parle plus.
La chanson parle de quelqu’un qui est dans sa tête puis qui essaie de rationaliser, et qui demande à un ami de l'appeler parce qu'il ou elle pète les plombs. C’est comme quelqu’un de bipolaire un petit peu. Dans un des couplets c’est un peu de la divagation, c’est très métaphorique, c’est psychotique quasiment. C’est quelqu’un qui vacille entre ces deux aspects de lui-même ou d’elle-même.

Dans les bras de Mamou, c’est une commande de l’AFKO pour célébrer la diversité des membres de la francophonie dans les Kootenays Ouest. Ça s’est fait super vite cette chanson-là. Le temps qu’on discute des modalités, il me restait quatre semaines pour écrire la chanson, composer la musique et offrir un démo.
C’est la rencontre poétique de la langue française qui vient de partout, que je compare à un pissenlit qui s’infiltre dans toutes les craques, qui est très volatile et qui s’enracine partout, parce que la francophonie y en a partout. Donc c’est la langue pissenlit qui voyage puis à un moment donné elle arrive dans les Kootenays puis elle fait « WOW, t’es qui toi? » Puis elle tombe en amour, et il y a comme une relation intime entre le pissenlit et la terre, le territoire ici. Il y a de la fertilité, des enfants qui naissent, donc c’est comme une rencontre amoureuse entre la langue et la terre.

Dans la chanson, comme la langue arrive sur le territoire et  veut entrer en relation intime avec la terre, c’était vraiment important pour moi, dans le processus, qu’il y ait un consentement, parce que le français c’est quand même une langue coloniale. Je ne voulais pas que ce soit la langue qui arrive et qui décide de s'implanter là où elle veut quand elle veut. Alors le dernier couplet parle du consentement, ça dit « ta peau quatre saisons de terres non-cédées, avec ta permission j’y marcherai nu pied. » C’est le dernier couplet, je l’ai écrit juste avant de déposer le démo le lendemain à l’AFKO. Puis j’ai fait un petit sondage sur ma page Facebook. J’ai pris une photo de chaque couplet et j’ai demandé à mon audience quel couplet leur parle le plus. Puis c’était celui-là. Je trouvais ça intéressant que des fois les choses sont drôles comme ça, tu te dis que c’est super important, c’est le dernier que j’ai écrit, puis c’est celui qui parle le plus.

As-tu un rituel d'écriture?

J’ai des méthodes que j’ai développé avec le temps, comme quand j’ai une idée de toujours l’enregistrer sur mon téléphone. D’ailleurs quand j’étais à Vancouver pour Pacifique en Chanson au mois de novembre l’an dernier, je marchais dans les rues et j’avais un air en tête. J'aimais ce que j’entendais, alors je l’ai enregistré. Puis finalement c’est l’air de la chanson de l’AFKO!

Ce que j’aimerais développer, ce serait d'écrire une chanson tous les jours. Écrire, écrire, écrire. Puis de la quantité vient la qualité. Parce que si tu écris 365 chansons dans une année, il y en a au moins 6-7 qui doivent être bonnes!

Avant, toutes les chansons que j’écrivais venaient comme de manière automatique, comme canalisées de je-ne-sais-pas-où! Mais ce n'est pas réaliste de penser que toutes les chansons viennent comme ça. Ça prend du travail tout ça.

Puis dernièrement, j'ai découvert un auteur-compositeur-interprète, Graham English, qui a développé une méthode en 7 étapes pour écrire une chanson (ref.: speedsongwriting) Puis je trouve ça juste le fun d’avoir une recette. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup les processus, puis j’aime les méthodologies, j’aime quand il y a une recette. Je veux apprendre cette méthode par cœur puis après ça jouer avec, parce que je ne veux pas tout le temps écrire le même genre de chansons. Mais au moins quand j’arrive pour écrire une chanson j’ai une direction, et après ça je peux bifurquer.

Veronique-chanson-2